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Je peux dire que j’ai eu deux vies artistiques distinctes. Dans ma première vie, j’ai d’abors œuvré comme illustratrice et graphiste puis comme infographiste et directrice artistique, enfin comme prof et directrice de programmes en imagerie numérique. Durant toute cette période, j’ai eu tendance à répondre aux commandes des clients, en misant davantage sur ma grande maîtrise que sur ma force créatrice. Par un juste retour des choses, c’est grâce à la création que j’ai émergé de cette vie en négatif. Fin quarantaine débute ma deuxième vie. Sans complaisance, sans défenses et sans excuses, j’ai tout repris du début, déconstruisant les règles apprises et les acquis pour plonger corps et âme dans la découverte de mon imaginaire fécond, moi qui jusque-là croyais en être dépourvue. Mon passage s’est fait par la photo d’art que je pratiquais pour mon seul plaisir. Vu que ce n’était pas mon métier, je ne jugeais pas mon travail et j’obtenais des résultats très impressionnants. Puis de cours de créativité en études des grands maîtres j’ai enfin compris que je possédais cette rare faculté de « voir autrement ». Il m’est aussi devenu essentiel de ne plus succomber aux exigences du paraître. À travers la fréquentation de grands peintres tels que Rembrandt, Vermeer ou Turner qui ont su rendre hommage à la lumière, j’ai développé une manière personnelle toute en transparences pour transposer mes valeurs et mes émotions dans mon œuvre. Ma méthode de travail exige à la fois fougue et patience, abandon et vigilance. Mes stimuli proviennent de la fragilité qui émane de l’intimité ou du trouble provoqué par la bêtise humaine. Ils découlent aussi de la faune et de la flore à travers leur beauté la plus secrète ou, en tout cas, la plus difficile à cerner. C’est souvent la raison pour laquelle je peins mes sujets en très gros plan, je cherche à révéler ces sensations, elles sont le miroir de mes états d’âme au moment de la création. Lorsque je commence une toile, je n’ai pas nécessairement une idée préconçue je m’abandonne dans la gestuelle pour capter l’instant présent. Je crée l’accident pour volontairement me déstabiliser. Accepter l’imprévu, l’aléatoire, perdre le contrôle, voilà tout le plaisir et voilà tout le défi! C’est dans l’instabilité que je suis vulnérable et que je laisse transparaître ma vraie nature. J’utilise du sable et d’autres matières organiques pour créer la texture et augmenter l’instabilité de la surface à peindre. Je pousse la perte de contrôle le plus loin possible tout en faisant confiance en ma grande maîtrise des règles de l’art pour arriver en bout de course à déjouer le chaos et retrouver l’harmonie. Au fur et à mesure que le travail évolue, je m’imprègne des trajectoires que la toile me propose et je continue d’explorer jusqu’à ce que le sujet me tienne tellement à cœur que je ne puisse faire autrement que d’y aller plein gaz. Même si j’ai recours à plusieurs médiums, ce sera toujours « l’émotion et la lumière » qui remporteront la palme sur ma façon de faire.
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